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29.01.2006
Graine d'ananar...
LES ANARCHISTES DE DROITE
CONTRE L’ESPRIT BOURGEOIS
► ENTRETIEN avec François RICHARD, revue éléments n°72, hiver 1991, p. 32.
Docteur ès lettres modernes, François Richard a publié Les Anarchistes de Droite (PUF), L'Anarchisme de droite dans la littérature et des Chroniques de guerre (Res Universis).
• Vos travaux sont consacrés à l’anarchisme de droite. Sous cette appellation, vous classez des auteurs aussi différents que Gobineau, Drumont, Darien, Bloy, Bernanos, Laurent, Nimier, Pauwels et bien d’autres. Quels critères permettent de les rassembler sous cette étiquette ?
Il est vrai que les personnalités en question sont fort différentes à la fois par leur caractère et la nature de leur talent. D’autre part, les hommes que vous citez (ainsi que Barbey d’Aurevilly, Daudet, Léautaud, Rebatet, Anouilh, Aymé, Vandromme, Perret), ont tous été saisis, à un moment ou à un autre de leur vie, par l’esprit polémique. Esprits libres, il serait parfaitement illusoire de les considérer comme les défenseurs interchangeables d’une même cause. Ils exprimaient une révolte individuelle au nom de principes aristocratiques allant jusqu’au refus de toute autorité instituée. Cette attitude n’est pas seulement constituée d’éléments liés à l’histoire et au contexte politique - refus de la démocratie et de toutes les utopies béquillardes qui l’accompagnent : progressisme, égalitarisme, collectivisme... - mais plonge ses racines dans un passé culturel lointain, dans le mouvement baroque et dans la philosophie libertine et tend constamment vers une synthèse entre les aspirations libertaires de l’homme (anarchisme) et son esprit de rigueur (celui d’une droite aristocratique). L’anarchisme de droite nous apparaît aujourd’hui comme la perspective d’une harmonie possible entre le culte de l’exigence et celui de la liberté.
• L’aversion de la bourgeoisie peut-elle englober toutes les attitudes des anarchistes de droite ?
Je pense qu’effectivement l’aversion de la bourgeoisie peut être considérée comme un englobant critique, négatif, des attitudes anarcho-droitistes. Cependant, cette analyse, malgré sa pertinence et en raison de l’accent qu’elle met sur l’aspect réactif de l’anarchisme de droite, me paraît aussi réductrice. En effet, cette hostilité à l’égard de la bourgeoisie, qui est ici plus intellectuelle et morale que passionnelle, est constamment présente dans le refus de la démocratie et l’esprit de révolte, mais ne figure que partiellement - et indirectement - dans la haine des intellectuels et elle n’existe, à mon sens, qu’en ombre portée, dans l’aristocratisme et la chasse à l’absolu qui caractérisent aux aussi l’esprit de l’anarchisme de droite.
Ce n’est pas pour le simple plaisir du morceau de bravoure qu’un Bloy, un Darien, un Drumont, exécutent (littéralement) le bourgeois. Celui-ci "singe l’aristocratie tant décriée" (Micberth) et occupe de plus en plus le terrain. Il a engendré une société réifiée dont les maîtres et les sous-maîtres traquent avec gourmandise et férocité l’intelligence, l’imagination créatrice et la singularité, en bref tous ceux qu’ils ne parviennent pas à réellement contrôler et qui se refusent à apporter leur eau au moulin de l’efficacité.
• Peut-on dire des anarchistes de droite qu’ils s’attaquent plus à l’esprit bourgeois qu’à la classe bourgeoise, à l’aliénation spirituelle plus qu’à la domination formelle ?
Les anarchistes de droite n’ont pas de mots trop durs pour l’esprit bourgeois mais ils n’ont garde d’oublier les responsabilités historiques de la classe bourgeoise dans les orientations politiques et socio-économiques de la France : son rôle cynique et brutal en 89, lorsqu’elle régla ses comptes avec la noblesse sur le dos du peuple : la rudesse, l’avidité et le goût exacerbé du pouvoir des chefs des grandes dynasties du commerce, de l’industrie et de la finance ; la manière dont ils se sont accommodés des grands charniers du siècle en les alimentant matériellement ; la planétarisation de leurs ambitions, servis par une volonté d’aboutir toujours aussi implacable, l’habillage idéologique chatoyant pour masquer ces réalités éprouvantes (démocratie, droits de l’homme. etc.) et l’utilisation de différentes stratégies pour intensifier le matérialisme toujours grandissant du monde...
Cet aventurisme économique semble bien loin de ce que l’on nomme communément l’esprit bourgeois, ce mélange de conservatisme frileux, de morale pudibonde, d’hypocrisie dans le jeu social, de conformisme dans les pensées et dans les actes qui a longtemps caractérisé "la bonne société" et qui glisse depuis 2 décennies vers un appétit de jouissances, de confort et de loisirs de plus en plus prononcé, nuancé d’un certain formalisme pour que la décence ne perde pas tout à fait ses droits.
Mais en réalité, de même que l’esprit bourgeois, méfiant, pudibond et sourcilleux - du moins en apparence - a maintenu une certaine cohésion sociale pendant 3/4 de siècle, après l’avènement de la IIIe République, de même que les idéaux démocratiques de "progrès" culturel, notre politique et économique ont permis la colonisation - par ex. - c’est-à-dire l’enrichissement en matières premières et l’ouverture de nouveaux marchés, puis de néo-colonialisme, c’est-à-dire le même type de profits juteux, mais dans le contexte (bien diffèrent, naturellement) de rapports d’État à Etat, de même le nouvel esprit bourgeois qui a gagné toutes les couches de la population et qui incite exclusivement au "bien-vivre et au bien jouir" (Micberth) est le contrepoint socio-culturel d’une stratégie économico-financière d’une ampleur jamais connue à ce jour.
• Trouve-t-on aujourd’hui, à l’heure de l’embourgeoisement de masse, des résistances inspirées d’anarchistes de droite ?
Il faut distinguer ce qui est du ressort des approximations verbales ou gestuelles, ce qui appartient à la provocation littéraire ou médiatique et la réalité des faits. Il semble qu’il y ait aujourd’hui des frémissements anarcho-droitistes dans l’air : tel saltimbanque, frère d’un ancien ministre, se proclame "anarchiste de droite" ; tel chroniqueur acide d’une chaîne de télévision reçoit la même dénomination ; les auteurs de cette farce animalière intitulée Le Bébête Show sont présentés par Jacques Lanzmann comme des anarchistes de droite ; un intellectuel commet un ouvrage sur L’Anarchisme de droite dans la littérature et le cinéma, "de Céline à Clint Eastwood" (tout un programme), etc. Tout cela, à mon sens, relève de l’anecdote, du parisianisme.
Un anarchiste de droite digne de ce nom ne se contente pas d’émettre des borborygmes satiriques à la radio ou la télévision, d’écrire un article ou un livre incendiaire : il vit ses principes. Il n’est pas le bouffon du pouvoir, le provocateur maison, le sémillant putasson : il subit les tracasseries des pouvoirs publics, il est traîné en justice, jeté en prison, traqué dans sa vie privée, diffamé, occulté, paupérisé. Le seul homme de cette trempe, à ma connaissance, qui défende depuis près de 30 ans les mêmes principes, c’est Michel-Georges Micberth.
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► Sur la toile, on pourra aussi prolonger le sujet avec :
► On pourra aussi lire de Julius Evola : La jeunesse, Les beats et les anarchistes de droite, paru en fr. dans la revue Totalité n°12 (1981), repris in L’arc et la massue, Pardès, p. 231-249.
► En complément, cet extrait d’un entretien avec J. d'Arribehaude qui se prononce sur cette expression oxymorique (à l’origine employée péjorativement par la revue Les Temps Modernes en 1947).
Q.: Vous n'êtes tout de même pas de droite ? Je vous demande cela car j'ai lu quelques phrases ambiguës sur les empires centraux et la monarchie. À nouveau, rassurez-nous !
On classe volontiers parmi les "anarchistes de droite" tous ceux qui n’adhèrent pas au conformisme de la pensée unique et de l'idéologie dominante qui s'affiche aussi bien à gauche que dans la droite honteuse depuis le triomphe des "Lumières". C'est ainsi que je figure dans l'essai de François Richard, paru il y a quelques années dans la collection "Que sais-je?". Je ne récuse nullement cette appellation, mais qui se soucie aujourd'hui de savoir si Dante, Shakespeare ou Cervantès, ont pu être de droite ou de gauche? Sans la moindre prétention, je me contente de croire que celui qui tente de témoigner pour son temps dans l'isolement d'une création artistique échappe à toute classification sommaire. Je constate en tout cas que nombre d'écrivains des années 30 parmi les meilleurs, Chardonne, Montherlant, Drieu, Morand, Jouhandeau et quelques autres, sans parler bien entendu de Céline, arbitrairement classés à droite, et qui ont payé pour cela, n'en faisaient pas moins les délices de Mitterrand, qui avait le bon goût de ne pas cacher sa paradoxale prédilection. Mitterrand, icône de la gauche officielle, était au fond tranquillement fidèle à sa jeunesse monarchiste, et mérite considération et sympathie pour tout ce que nos médias lui ont haineusement reproché à la fin de sa vie (ferme refus de "repentance", émouvante et brillante improvisation, au Parlement de Berlin, sur le "courage des vaincus", etc.). Les 1ers mots dont je me souviens ont été ceux d'une berceuse basque toujours populaire en faveur de don Carlos, "el Rey neto", soutenu par la tradition navarraise contre la farce constitutionnelle de l'oligarchie prétendument progressiste attachée au règne factice d'Isabel. Curieusement, Marx a exprimé son estime et sa préférence pour l'insurrection carliste, dont les "fueros" populaires, nobles et paysans étroitement mêlés et solidaires, offraient l'image d'une démocratie autrement juste et authentique que le simulacre bourgeois hérité de nos mystifications révolutionnaires. C'est à cette image, bien évidemment de droite pour nos éminents penseurs professionnels, que je me suis toujours voulu fidèle.
18:55 Publié dans LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature




Commentaires
Graine d'ananar ? Mais c'est qu'ils ont de bonnes références, les camarades d'Askesis !!!!
Paroles de la chanson :
http://www.paroles.net/chansons/15454.htm
L'écouter ?
http://www.vm-wl.com/default.aspx?RefererId=49&BannerId=1&FicheTitre=100771901
Ecrit par : ortolan | 01.02.2006
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